Guillaume retourne au lycée (Chroniques Lycéennes, 1/2)

Chaque année, l’Académie Charles Cros, le CRDP (Poitiers) et le CDDP (Charente-Maritime) sélectionne 20 chansons d’artistes en pleine actualité discographique.
Une compilation, tirée à plus de 5000 exemplaires, est envoyée à l’attention de chaque élève dont la classe a été inscrite au dispositif par un professeur.

Les élèves ont pour objectif d’écrire une ou plusieurs chroniques journalistique sur l’artiste de leur choix, avec à la clé pour quelques-uns une parution dans un cahier spécial des inrockuptibles.

Avec son titre “On Me Dit” sur la sélection 2013, Guillaume Barraband est allé à la rencontre des élèves, au travers d’ateliers et de concerts directement dans les lycées.

Retour sur cette expérience, sous forme d’interview…

Comment as-tu réagi quand tu as su qu’« On Me Dit » a été sélectionné ? Que penses-tu de ce choix ?

J’ai été touché et surpris car il y a quand même du beau monde sur cette sélection (Zebda, Kery James, Yves Jamait, Ridan, Benjamin Paulin, …)

Au départ, ce n’était pas ce titre qui avait été retenu pour la sélection mais mon premier single “j’ai des absences”, dont le clip et la petite mélodie entraînante me plaisent beaucoup mais dont le propos est anecdotique et rigolard. Comme le choix d’un seul titre est inévitablement un raccourci pour résumer le travail de l’artiste, ce n’était pas vraiment l’image que je voulais transmettre de ma musique. C’est pourquoi, j’ai fait un petit forcing pour demander “qu’on me dit” soit sélectionné à la place.

En plus, je trouve que c’est un titre proche des préoccupations qu’on a à 16-17 ans. En tout cas, quand je relis mes écrits de cette époque-là je m’aperçois que c’est une chanson que j’aurais pu écrire alors. Et puis j’avoue que je ne sens pas que j’ai beaucoup changé depuis… Ca a été pour moi une période tellement riche, tellement pleine de prises de consciences et d’ouverture, tellement heureuse, que je suis resté relativement bloqué émotionnellement et intellectuellement à ce stade-là.

Tu as toujours les mêmes préoccupations, le même regard sur le monde depuis le lycée ?

Guillaume au lycée Charles-le-Chauve de Roissy
Guillaume au lycée Charles-le-Chauve de Roissy

J’ai toujours vécu depuis avec la vigilance accrue de ne pas trahir mes idéaux et mes rêves d’alors, ce qui m’oblige à refuser beaucoup de compromis, et peut aussi me faire apparaître comme immature aux yeux de certains. Moi je pense au contraire que la clairvoyance et la sagesse c’est, en pleine conscience, de faire de ce monde ce que l’on veut qu’il soit et non de renoncer a ce qu’on en a rêvé plus jeune, sous prétexte que la “réalité est toute autre”.

Je crois sincèrement (et sans angélisme ni démagogie) que le monde vu et dirigé par le regard d’un enfant ou d’un adolescent serait bien différent et probablement moins barbare (j’entends d’ici les quolibets et les sarcasmes des cyniques et des hyper-réactifs Facebookiens de tous poils me tomber dessus… c’est pas grave, j’assume ;-)! )

Proposer des ateliers en lycée, ce n’était pas obligatoire… Ça te tenait à cœur ?

Guillaume et une classe du lycée Chassagnes de Oullins
Guillaume et une classe du lycée Chassagnes de Oullins

J’avoue que pour ma part j’ai eu un trac fou avant de me décider. Je ne voyais pas comment aborder la chose. Je me sens tellement proche et à la fois tellement loin de ces jeunes que j’allais rencontrer, que j’avais du mal à me projeter devant eux, leur expliquant un savoir-faire et un métier dont j’ai le sentiment de découvrir le fonctionnement chaque jour, ou leur dévoilant comment on écrit une chanson alors que je ne m’étais encore jamais posé la question pour moi-même !

Finalement, j’ai commencé à envisager ce qui, à leur place, m’aurait fait “triper”. Du coup je me suis mis à analyser mes textes sous un angle stylistique, à retrouver dans mes souvenirs des anecdotes, à me repencher sur tous ces chanteurs qui ont rempli mon bagage musical, et à relire tous ces poètes étudiés à l’école que j’avais souvent dédaigné alors, et que je vénère aujourd’hui…

Qu’est-ce qui a fini de te décider ?

Je ne pouvais pas laisser passer cette occasion d’échanger !

Si je fais ce métier (je veux dire celui de jouer ma musique, de la diffuser, de faire des concerts, des disques… pas celui d’écrire ou composer qui n’ont rien à voir) c’est pour l’unique envie et plaisir de rencontrer des individus. Je ne connais pas de meilleur ascenseur vers la connaissance et la compréhension du monde et de soi que le voyage, la rencontre.

Pouvoir échanger avec la génération qui sort de l’enfance pour bientôt rejoindre notre monde soi-disant “adulte” m’enthousiasme au plus haut point. Je suis très tourné vers le futur (bien qu’assez réactionnaire contre les dérives de celui-ci) et j’avoue que ces rencontres lycéennes m’ont énormément réconforté et ont dissipé certaines de mes angoisses sur l’avenir.

Même si les discours peuvent sembler assez binaires et manichéens parfois, j’ai ressenti à chaque coup une profonde humanité, une curiosité réelle et un bel humour de la part des élèves et aussi des professeurs. Il y a eu de belles rencontres et même des amitiés naissantes.

La suite de cette interview dans quelques jours sur le blog !

 

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